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Faire Mémoire 09

Category: Non classé
Date: 15 décembre 2025
Author: DGDLB-ADMIN

Faire Mémoire IX. Glitch d'intersols.

Glitcher une image d’Intersol, est une manière de traduire visuellement l’effritement. Ces photographies n’illustrent pas la ruine : elles épousent la logique de l’effacement. Le glitch, ce dérèglement du code numérique, fait apparaître dans l’image ce qui est déjà à l’œuvre dans le paysage : la discontinuité, la disparition, le trouble.
L’Intersol, par nature, est un territoire en transition — non-lieu en devenir, fragment d’espace entre un passé rasé et un futur bétonné. Il ne s’inscrit dans aucune durée, il échappe à la mémoire. En glitchant mes photographies, j’accentue cette dislocation, je mime sa nature transitoire, son inachèvement. Le terrain est brouillé, comme les couches de pixels, comme les couches de terre. L’image n’est plus fiable. Le sol non plus.
Ce que l’appareil capte, ce n’est plus un espace habitable, mais une trace instable, une mémoire déjà lacunaire. En perturbant volontairement le fichier, je produis une visualisation du déficit de mémoire. Le glitch devient symptôme, non d’un dysfonctionnement technique, mais d’un paysage dont la cohérence a été arrachée.
Ces images ne dénoncent rien. Elles constatent l’impossibilité de reconstituer un tout, la fragmentation irréversible d’un monde dont on ne retient que des morceaux. Elles évoquent une mémoire fragile, dégradée, presque illisible, comme si le sol lui-même refusait désormais de raconter.
Mes photographies glitchées montrent l’impossibilité du sens dans un paysage vidé de fonction, vidé de récit, en attente de recouvrement. Ce sont des images blessées pour des lieux blessés. Elles témoignent de cette absence de continuité, pour mettre en forme l’oubli.
 
David Garcia de las Bayonas.
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