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Faire Mémoire 07

Category: Non classé
Date: 15 décembre 2025
Author: DGDLB-ADMIN

Faire Mémoire VII. Mémoriaux pour intersols.

Fragments pour un paysage défait.
Sur des terrains en suspens, entre l’arrachage des cultures et avant l’avènement du béton, je dépose des formes silencieuses. Ni monuments ni vestiges, ces structures sont des mémoriaux sans nom ; elles ne désignent rien d’autre que la disparition elle-même. Réalisés à partir de recueil de materiaux in situ, ces assemblages portent en leur corps l’histoire de ce qu’ils annoncent : non pas une mémoire construite, mais un souvenir en cours d’effacement, pris dans la matière.
Sur leur surface, je peins des empreintes, fusion de stries de bois et de sillons digitaux. Ce motif hybride — à la fois humain et végétal — fait signe vers ce qui a été effacé du sol, les arbres, les vies, les cultures. Ces empreintes disent à la fois la trace de ce qui fut et l’empreinte d’un destin imminent. Car ces mémoriaux, bien qu’ancrés dans la disparition, annoncent le béton à venir, cette couche qui recouvrira, organisera, effacera.
Ils accueillent aussi des gravures du paysage d’avant, ou des avis de recherches, comme des images résiduelles. Ces gravures ou ces affiches suggèrent un manque, une strate effacée, un horizon évanoui. Le mémorial n’est pas ici un point de ralliement ou de revendication. Il est une présence discrète, laissée sans ancrage, sans signature, dans des espaces appelés à être recouverts. Leur durée d’existence est aléatoire, soumise aux éléments, aux engins, à l’indifférence ou au regard curieux.
Ce travail s’inscrit dans une démarche qui résonne avec les pensées de Robert Smithson, notamment dans sa manière d’interroger les sites en mutation, les lieux en marge du visible, ce qu’il appelait les non-sites. À l’instar de Smithson, je ne cherche pas à restaurer un ordre ancien ni à résister à la transformation du paysage. Je m’intéresse au moment interstitiel, au lieu déprogrammé, en transition, que j’appelle intersol. Le mémorial n’intervient pas comme une protestation, mais comme un acte d’observation matérialisé, un dépôt de sens dans un lieu vidé de sa fonction.
Chaque mémorial est donc un geste d’enfouissement inversé : on n’ensevelit pas un souvenir, on l’expose à sa propre disparition. Ce ne sont pas des œuvres à conserver, mais des empreintes à abandonner, fragiles balises d’un paysage qui s’efface. Leur destruction, leur déplacement ou leur oubli fait partie intégrante du processus. Le mémorial agit ici comme un traceur de la disparition, une forme sculptée du temps en train de détruire l’espace.
 
David Garcia de las Bayonas.
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