Faire Mémoire V : Mur
Le béton, matériau brut et froid, est intrinsèquement associé à l’urbanisme, à la construction et, par extension, à la déconstruction du paysage naturel. Le fait de l’utiliser pour cacher partiellement des arbres – élément végétal qui paye un lourd tribu à l’activité humaine – illustre l’idée d’un monde où la nature est à la fois mise à l’écart et réduite à un souvenir fragmenté.
Ce voile de béton ne cache pas complètement les photographies. Cet aspect est fondamental : il évoque la persistance de la nature malgré les tentatives de l’éclipser, tout en suggérant notre propre responsabilité en tant que spectateurs. Ce choix interpelle directement sur notre rôle dans cette disparition : sommes-nous simplement des témoins passifs, ou avons-nous contribué à ériger ces murs ?
Ce travail plastique montre la tension entre la nature et l’artificialité en montrant des arbres partiellement cachés par de petits murs de béton. Ces images révèlent un paysage fragmenté, où la végétation n’est jamais totalement visible, contrainte par des structures humaines qui l’empêchent d’exister pleinement dans l’espace.
En imposant ces obstacles visuels, je donne au spectateur un point de vue restreint, comme si la nature était toujours tenue à distance, filtrée ou rendue inaccessible. Cette approche suggère une réflexion sur la manière dont l’urbanisation façonne notre rapport au vivant : nous ne voyons plus la nature librement, mais à travers des cadres imposés, des séparations et des frontières. Ces murs ne sont pas seulement physiques, ils incarnent aussi une barrière symbolique, celle qui éloigne progressivement l’humain du paysage originel.
David Garcia de las Bayonas