Faire Mémoire III : Bloc mémoire.
Faire Mémoire III : Bloc mémoire.
Ce travail de recueil s’inscrit dans une poétique de la trace et du vestige, interrogeant la mémoire des lieux et des ouvriers anonymes qui les ont façonnés. En capturant les empreintes laissées dans des usines abandonnées, puis en les enfermant dans des blocs de béton – nommés blocs mémoire –, je donne forme à l’absence, transformant ces fragments d’histoire en monuments silencieux.
Cette approche rappelle le travail de Christian Boltanski, qui a exploré la mémoire collective et l’effacement des existences anonymes, notamment à travers des accumulations d’objets ou d’archives. Ici, cependant, l’empreinte n’est pas seulement une trace, mais un acte de fossilisation, où le béton agit comme une enveloppe minérale figeant le labeur ouvrier. Ce geste évoque également Rachel Whiteread et son utilisation du moulage pour capturer l’empreinte du vide et de l’oubli.
Le bloc mémoire devient un reliquaire brutaliste, un anti-monument dédié aux travailleurs invisibilisés par l’histoire industrielle. Il prolonge ainsi une réflexion sur la matérialité et la disparition, proche des préoccupations de Joseph Beuys, qui concevait l’art comme un moyen de révéler les strates de mémoire contenues dans les matériaux.
En transformant l’usine en un site archéologique et en figeant ses vestiges dans une matière destinée à durer, j’ interroge aussi la nature du progrès : si les bâtiments s’effondrent et les machines se taisent, que reste-t-il du geste et de l’existence de l’ouvrier ? Ces cubes de béton sont autant de pierres tombales anonymes que de balises mémorielles, convoquant une réflexion sur l’oubli et la transmission dans un monde en perpétuelle mutation.
David Garcia de las Bayonas.