Faire Mémoire IV : Gravure/Paysage
La démarche de ce travail s’inscrit dans une tension entre mémoire et effacement, entre trace et disparition. En prélevant des fragment s in situs et en y imprimant des gravures, je tente de fixer une image résiduelle de ce qui fut, avant que l’urbanisation ne vienne recouvrir ces espaces. Mais loin d’être une simple sauvegarde nostalgique, mon travail engage un dialogue critique avec le béton lui-même, matériau potentiel de l’oubli et de la standardisation, qui vient altérer et recouvrir, parfois de manière brutale, ces paysages imprimés.
Cette approche évoque des pratiques proches de l’archéologie et du land art, où l’artiste ne crée pas ex nihilo mais travaille avec ce qui existe, avec ce qui est en train de disparaître. On pense notamment aux œuvres de Robert Smithson et à son concept d”‘entropy”, où l’humain tente de structurer le monde tout en étant inévitablement confronté à sa propre perte et à la décomposition de ses constructions. De même, les recherches de Bernd et Hilla Becher sur l’architecture industrielle, et leur manière de documenter la disparition d’un patrimoine ouvrier, trouvent un écho dans cette volonté de capter un état transitoire du paysage.
D’un point de vue technique et plastique, le contraste entre l’impression délicate et la rugosité du béton inscrit le travail dans une logique de recouvrement et de stratification. Cela rappelle également les approches de Christian Boltanski sur la mémoire collective, où l’empreinte devient un vestige, un témoignage silencieux d’un monde en train de s’effacer. Dans un autre registre, on pourrait aussi rapprocher cette démarche des interventions de Doris Salcedo, qui intègre des matériaux de
construction pour parler de violence et de disparition.
Ce travail soulève ainsi une réflexion sur l’impact du progrès, sur la fragilité du paysage face à la pression urbaine et sur la manière dont l’art peut devenir un lieu de résistance face à l’oubli. Je ne me contente pas de documenter une disparition, je la met en tension avec son propre effacement, créant ainsi une œuvre où la mémoire lutte pour ne pas être engloutie.
David Garcia de las Bayonas.